C'est bientôt la Noël, je suis bien content parce que je vais pouvoir me baffrer sans peur de me faire réprimander par ma maman, qui pour le coup serait assez vexée que j'y touche pas, à ses baffreries. C'est aussi l'occasion de se rappeler que le monde est bien grand, et tout p'tit en même temps: Rien de nouveau, je sais, sauf que ça me revient à l'esprit chaque fois qu'il s'agit d'imaginer l'intensité de tous les petits Noël du monde, dans chaque chaumière (même si Noël se fête pas partout, ya des équivalents). Ca fait qd même un paquet de bonheur, de rires et d'histoires… Et justement, toutes ces histoires révèlent à quel point le monde est dense et complexe d'existence, d'émotions, de détails à tiroirs. C'est une prise de conscience difficile en vérité: tout le monde sait ça, que tout a une existence, une histoire bien remplie, et patati patata… mais c'est autre chose d'en prendre conscience. Parce que là on touche à l'infini, et l'esprit n'y parvient pas très bien, à imaginer l'infini. Chaque petit détail vous raconte une histoire géniale, avec tellement de rebondissements, de hasards heureux, de destins fabuleux. L'histoire de n'importe quelle homme, quant il est seul, des petits secrets qu'il a, de ses peurs, de ses rêves, de ses obsessions, des bruits qu'il aime pas, des tics qu'il aime … me semble passionnante à un point!! Ne pouvez pas imaginer… C'est vrai pour les hommes, c'est vrai pour le vent et les brosses poussiéreuses de craies dans les salles de classe aussi.
En fait, je voulais rendre droiture, si c'est possible, à Jean-Claude V. Parce que même s'il est clairement barré et qu'il fait bien des misères aux mots, je crois que c'est ce sentiment qu'il essaie d'exprimer. Le coté "aware", ça doit correspondre à ça: au fait de remarquer que chaque détail peut dire beaucoup par son histoire, sa raison d'être ou son inutilité. Jean-Claude raconte des trucs évidents et niais, sauf si on accepte de dépasser le garde-fou bien pensant qui évite les considérations nous éloignant d'une vision du monde balisé et rassurante. Seulement, c'est tellement plus commode de qualifier de fou quelqu'un qu'on ne comprend pas. Voila pour l'hommage à Jean-Claude V.
Ca me fait penser à une image que j'aime bien, ça traduit à peu prés ce que je raconte, d'un point de vue plus politique. Enfin, vaguement... Cette image pourrait aussi être le sujet d'un autre article, je vais y penser.

Plein de boulot des temps-ci, avec la fin d’année qui approche. La plupart des clients veulent que je termine ce qu’il attende de moi avant la fin de cette année, comme si le passage à la nouvelle année constituait une sorte de frontière difficilement franchissable en terme d’organisation. Basculer dans cette autre dimension temporelle, fortement imprévisible d’un point de vue symbolique, avec toutes les catastrophes que peut-être ça va engendrer est toujours l'occasion de faire monter la pression. Faut donc que ce soit terminé pour fin décembre, puisque, apparemment, on semble ne pas pouvoir envisager ce qui va se passer après.
En fait, c’est pas ça du tout !! La date du 31 décembre constitue comme un mur pour la plupart, derrière lequel on évite de se projeter, tout simplement parce qu’il ne faut pas tout mélanger : les emmerdes d’aujourd’hui ne doivent pas devenir les emmerdes de demain. C'est psychologique, et ça correspond à une envie fort rassurante : celle de retenter sa chance. Une nouvelle page blanche, vierge de ratures et illimitée dans la beauté et la pureté qu’on est potentiellement capable d’inscrire : C’est la porte ouverte à tous les espoirs qui se sont lamentablement vautrés l’année précédentes. C’est pour ça, avant de tout recommencer tout bien, il vaut mieux commencer par se débarrasser de tout ce qui fonctionne pas bien, de tout ce qui est entaché de compromis, d’échecs et de frustrations. D’où que j’ai plein de taf, et qu’aujourd’hui je ferai court.

Je viens de finir « Quartier lointain » de Taniguchi : Sous ses airs de manga, c’est une des bd les plus justes que j’ai pu lire jusqu’ici, sur le même ton que « le combat ordinaire », de Larcenet. C’est l’histoire d’un cinquantenaire, architecte très occupé et hourdé de doutes sur sa vie, la manière dont elle se trace. Et d’un coup, au détour du cimetière où repose sa mère, il se retrouve projeter dans le corps du jeune garçon de 14 ans qu’il fût, mais conservant sa maturité d’homme de 48 ans. Alors qu’il revit d’une douce manière les joies qu’il pensait avoir pour toujours oublié, il va se trouver pour la seconde fois confronter au drame de sa vie et de sa famille: La fuite inattendue de son père alors qu’il avait 14 ans, et qu’il va tout faire pour empêcher qu’elle ne se reproduise. Sur le thème de « Retour vers le futur », c’est une œuvre phénoménale de sensibilité, et qui fait preuve de ce que je trouve de plus remarquable chez mes artistes favoris, c'est-à-dire exprimer de manière très claire et juste ce que chacun ressent confusément sans jamais parvenir à exprimer ce sentiment correctement. Ces instants furtifs pendant lesquels on touche du doigt la profonde signification d’un événement, d’une relation, d’un comportement…
Y’a des artistes comme ça, capables de faire ressortir les émotions et sentiments de ces instants de vie de manière troublante et parfaitement intelligible : Renaud, Brassens ou Bénabar pour la chanson à texte ; Kundera, St Exupery et Calvino en littérature ; Larcenet, Sfar ou Taniguchi pour
Mais comme je suis en train de le raconter laborieusement, il y a peu d’artistes capables de faire passer simplement ce genre d’émotions et de sentiments très confus. J'ai pas la prétention d'en faire partie, alors, pour démêler un peu ce dont je parle, reportez vous à la page 1 du premier tome de « Quartier Lointain », et lisez ça jusqu’au bout. Ce sera pas du temps de gâcher.

Apparemment, ce blog est bien triste, ya pas de couleurs et j'y raconte pas d'aventures excitantes, mais plutôt des prises de têtes. Ya une raison à cela, c'est que je me demande bien (aucune fausse modestie aucune) qui pourrait bien être intéressé parce ce que je fais de mes journées, si j'ai bien fais caca, si mon chat s'est perdu au fond des toilettes ou alors pourquoi je l'ai teint en vert. Ca n'intéresse personne, sauf ma mère, et le bon dieu... donc ma mère... Et pourtant, malgré mes réticences, je consens à étaler mon égocentrisme via ce blog, parce que c'est bien de ça qu'il s'agit: L'idée de l'écriture publique est d'attirer l'attention, de sortir d'une condition de fourmi relativement pesante. De se faire remarquer par son originalité, ses idées, qu'on sait incomprises par tout ceux qu'on côtoie (de la même façon qu'on ne comprend rien aux autres).
Et pourquoi une telle attirance pour la notoriété, me direz vous?? Et bien c'est pour trouver un substitut!!! Et à quoi, je vous prie??? Un substitut pour combler notre vide existentiel pardi!!! La notoriété (à grande ou petite échelle) constitue en soi un substitut primordial pour notre survie depuis que nos instincts primaires sont entravés, depuis que la reproduction et ainsi la perpétuation de l'espèce ne peuvent pas être notre préoccupation vitale. Parce que, sans cette occupation, il s'agit alors d'occuper ces 80 années avec quelque chose qui masque la vanité de l'existence. On n'est plus des bêtes, d'accord, mais en surface seulement: Ce qui pousse à vivre, d'un point de vue physiologique, c'est la perspective de transmettre ce que l'on est à notre descendance. Or aujourd'hui, tout plein de choses (sur lesquelles je ne m'étendrais pas sous peine de faire hurler dans les chaumières) empêchent l'être humain de se réaliser pleinement en tant qu'être sexué, ce qui, je le répète, constitue d'un point de vue génétique LA seule raison valable d'exister. Connaissant le taux de similitude entre le génome humain et celui d'un bonobo (99%), on peut imaginer à quel point nos instincts sont semblables, et contempler à quel point nos comportements divergent. Ya de quoi se sentir schizophrène, vraiment.
Seulement voila, nous sommes des êtres humains, avec les valeurs morales, la sensibilité et surtout la conscience que l'on sait, et il n'est pas question pour nous de suivre à la lettre ces instincts. Un tel comportement serait, d'un point de vue humain, injuste, rétrograde et parfois cruel. Seulement un tel choix implique cet perpétuel sacrifice: combler le vide colossal qu'il nous coûte d'esquiver notre réalisation en tant qu'être sexué. D'où les blogs…

Hier, je me suis fait braqué mon sac à dos!!! Je suis très contrarié parce que y'avait une bonne dose de sentimental dans ce sac. Cela faisait moult années que je le précédais, et que sans grogner il m'accompagnait: C'est simple, on a du faire quelques tours du monde tout les 2, affronter bien des tempêtes, des froidures et des cagnards extrémistes, et même des sauvages (ce fut chaud pour sa gueule auprès des bûcherons de la régions des grands lacs, en Araucanie… et les caïmans l'aurait bien mâchouillé aussi, du coté du Pantanal…). Je l'ai aussi oublié bien des fois sous un zinc, un banc, un ampli ou un réverbère, et toujours l'a su retrouver sa route.
Je sais pas vous, mais j'ai l'impression que c'est toujours la même chose: On brave bien des dangers, des si grands que c'est vraiment pas gagné au départ… et puis, à force de volonté, ça passe qd même, héroïquement ou non. Et dans le même temps, on peut tout aussi bien se rétamer lamentablement sur la plus petiote des difficultés, et ne point s'en relever (redhibitoirement, en fait d'idée). J'ai plein d'exemples, comme l'histoire médusante de Monssakado, mon compagnon. Monssakado s'est fait kidnappé à Challans, ville morte si l'en est, où les larcins les plus malheureux consistait en 3 pneus crevés en mai 68. Gravir les plus hauts sommets d'Amérique Australe, pour flancher en dernier lieu sur les quelconques flaques de bétons vendéennes… Bordel, on est peu de chose, et cette apparente mainmise sur une quelconque destinée révèle un leurre admirablement complaisant.

