Je viens de finir « Quartier lointain » de Taniguchi : Sous ses airs de manga, c’est une des bd les plus justes que j’ai pu lire jusqu’ici, sur le même ton que « le combat ordinaire », de Larcenet. C’est l’histoire d’un cinquantenaire, architecte très occupé et hourdé de doutes sur sa vie, la manière dont elle se trace. Et d’un coup, au détour du cimetière où repose sa mère, il se retrouve projeter dans le corps du jeune garçon de 14 ans qu’il fût, mais conservant sa maturité d’homme de 48 ans. Alors qu’il revit d’une douce manière les joies qu’il pensait avoir pour toujours oublié, il va se trouver pour la seconde fois confronter au drame de sa vie et de sa famille: La fuite inattendue de son père alors qu’il avait 14 ans, et qu’il va tout faire pour empêcher qu’elle ne se reproduise. Sur le thème de « Retour vers le futur », c’est une œuvre phénoménale de sensibilité, et qui fait preuve de ce que je trouve de plus remarquable chez mes artistes favoris, c'est-à-dire exprimer de manière très claire et juste ce que chacun ressent confusément sans jamais parvenir à exprimer ce sentiment correctement. Ces instants furtifs pendant lesquels on touche du doigt la profonde signification d’un événement, d’une relation, d’un comportement…
Y’a des artistes comme ça, capables de faire ressortir les émotions et sentiments de ces instants de vie de manière troublante et parfaitement intelligible : Renaud, Brassens ou Bénabar pour la chanson à texte ; Kundera, St Exupery et Calvino en littérature ; Larcenet, Sfar ou Taniguchi pour
Mais comme je suis en train de le raconter laborieusement, il y a peu d’artistes capables de faire passer simplement ce genre d’émotions et de sentiments très confus. J'ai pas la prétention d'en faire partie, alors, pour démêler un peu ce dont je parle, reportez vous à la page 1 du premier tome de « Quartier Lointain », et lisez ça jusqu’au bout. Ce sera pas du temps de gâcher.

