Je suis bien content, ma chérie m'a offert d'aller voir Benabar dans un mois. Ce mec là, j'apprécie vraiment: l'a pas une gueule de star, l'est un peu tout mou, chante pas vraiment juste, mais il écrit juste. C'est plutôt rare, les gens qu'écrivent juste. Personnellement je les répertorie sur les doigts de 2 mains. En fait, Bénabar, il me fait beaucoup penser à celui des gens qu'écrivent bien qui a le plus compté pour moi, c'est à dire le jeune Renaud (parce que le vieux Renaud, malgré tout le capitale sympathie et respect que j'avais pour lui, il a tout fichu en l'air en quelques mois). Pour vivre ma vie, j'ai plus appris de ce mec-là que de n'importe quel système éducatif, surtout d'un point de vue politique et artistique.
Vous me demanderez ce que c'est que d'écrire juste. Et ben, c'est pas compliqué: C'est de parvenir à exprimer une atmosphère (sentiments, sensations, réminiscence,…) avec une grande simplicité. Comme si ce que l'on ressentait de manière confuse et complexe trouvait sa juste description dans ces quelques mots. Brassens, Brel et Renaud y parviennent, et c'est la raison de leur succès: En étant objectif, les musiques de Brassens ou de Renaud sont souvent mièvres, voire pourries. Leurs chansons plaisent pour les textes, parce qu'il expriment avec une apparente et déconcertante facilité ce que beaucoup ne parviennent pas à extérioriser, par manque de mots et de clairvoyance. En ce sens, ces artistes sont des traducteurs d'atmosphère. Et s'il y a si peu de gens qui font ça bien, c'est que c'est n'est pas chose aisée. Brassens disait que le plus difficile, le plus éprouvant lorsqu'il écrivait une chanson, c'était de donner l'impression que ses textes avaient été écrits en 5 minutes, ce qui lui prenait des mois. De plus, cette faculté à écrire juste n'est pas acquise, et correspond à une manière d'appréhender la vie. Je ne saurais pas dire comment ça arrive, mais je crois qu'une sorte de renoncement imperceptible à s'opposer au cours des choses occasionne la perte de cette faculté. Se laisser dériver permet d'esquiver plus facilement le mal de vivre, mais implique aussi la démission de la nécessaire empathie. C'est le cas de Renaud, mais faut dire qu'il en a bavé point de vue tortures existentielles, et qu'il a un peu mérité son repos de vieux con obtus.
Quoi qu'il en soit, il y a une sorte de filiation entre les traducteurs d'atmosphère, comme un rapport de maître à disciple. Je ne sais pas qui a influencé Félix Leclerc, c'est donc le premier maillon de cette chaîne. Il s'agit d'un chansonnier québécois, auteur du "petit bonheur", qui fut la principale influence de Brassens, Ferré, Brel, Lapointe. Lesquels ont influencés Renaud, Leforestier, Les Têtes Raides, Noir Désir…, qui ont influencés Bénabar, M, Tété... C'est simpliste, mais j'aime bien. Ca fait en tout cas une superbe brochette de super artistes.

