J'aime bien le foot. J'aime bien jouer au foot, mais j'aime encore plus regarder du foot. Je sais, c'est nul... L'activité et la réussite de ces mecs n'a pas réellement d'intérêt, et ne me concerne en rien. En plus d'être nul, c'est aussi contre-productif, avilissant, manichéïsant. On dit que le foot, c'est la guerre et c'est vrai. Il incite à choisir un camp et exacerbe une animosité envers les malchanceux qui n'auraient pas la présence d'esprit de porter les mêmes couleurs. Il légitime des comportements et des actes qui feraient scandale dans un autre contexte: ils y seraient jugés stupides et irrespectueux, voire fascistes.
Donc, le foot, c'est nul, c'est un fait… Mais qd même, parfois… ça fait plaisir… Parce qu'un bon match, c'est comme un bon film. Avec de bons acteurs, un scénario très original, insensé et incroyable. A ce point incroyable que, mis en scène dans un film, on trouverait ça trop gros, on accrocherait pas. Parfois aussi, c'est un navet. On s'ennuie 2 heures, mais ce n'est pas très grave car tous l'ignoraient, que ce serait un navet, et que comme souvent dans la vie, on a pris plus de plaisir à attendre un heureux moment ou événement qu'à le vivre.
Et d'ailleurs, une belle affiche se profile… Chelsea-Barcelone!!! Ca a de la gueule comme match... vachement symbolique. Le parallèle avec un bon film à gros spectacle est d'autant plus vrai ici, puisque c'est l'éternel opposition entre les besogneux et les magiciens, les militaires contre les bitniks, les rabat-joies contre les marrants. Pour ceux qui suivent pas le foot (et qu'ont raison): Chelsea, c'est le club sans passé, artificiellement édifiée par un magnat du pétrole, composé d'une armada de robots tout bleu très disciplinés, le tout régit par les stricts directives d'un froid statisticien des gazons (Mourinho). Cette équipe/machine sans âme fonctionne comme un horloge, sans génie, sans couleur mais sans faille. A l'opposé du terrain, c’est Barcelone... Le grand Barça, de rouge et d’or vêtu, des trophées sur les étagères, des légendes dans les couloirs et un public intense, fidèle. Impossible d'aller un match du Barça, depuis des années, parce que pas de places: V'la la ferveur populaire. Dans cette équipe, on trouve des joueurs de spectacle (Eto'o, Deco, Messi,..) et bien-sûr Ronaldingo, à lui seul l'incarnation de la magie du bout du pied. Le jeu? Du beau, du très beau, rapide et génial, tout simplement.
Cette affiche me fait penser à l’univers de Harry Potter: Y’a un parallèle frappant entre, d'un coté la confrontation de Chelsea et du Barça, et de l'autre la rivalité entre les Serpentard et les Gryffondor. Parce que Serpentard, c'est sombre et vil, c'est pas gai, pas brillant, pas cool, ça fait pas rêver. La froideur qu'ils dégagent pue le calcul. A contraire, Chez Gryffondor, y'a Harry et ses ti potes, c'est fraternel, ça rigole de solidarité (Ya de l'amour, quoi?). C'est spontané, c'est de la haute voltige et ça leur réussit. Et puis, d'un point de vue moral, ils sont irréprochables… Bref, inutile d'indiquer quelle équipe représente quelle maison (on dit maison chez les sorciers pour dire promo) …
Y’a donc la même partialité dans ce match que dans la comédie sympathique. La même partialité, mais pas la même fin, et c’est ce qui me fait préférer mon match de foot : Le gentil bon cool, celui qui doit forcément gagner pour satisfaire à la morale judéo-chrétienne, n’est pas assurer du tout du tout de sortir vainqueur du rapport de force. Alors, finalement, plutôt qu'un film dont je connais déjà la fin, qui sera vraiment pas original et borné éthiquement, je préfère un ti match de foot car j'y verrais PEUT-ÊTRE (et c'est le plus important) des scènes bien plus folles, osées et surprenantes, sans bienséance ni morale.
